Le Blogue du Nektar

L'Éthiopie

13 janvier 2012 | 17:00

L’Éthiopie représente le début, la terre mère de l’histoire du commerce du café. Sûrement l’un des terroirs les plus connus aujourd’hui, ce pays fait désormais face à des défis de taille dans l’industrie du café de spécialité. Deuxième producteur en Afrique et septième au monde, voici l’histoire d’un pays riche en traditions caféicoles.

Tout commence par une légende datant du IXe siècle: un jour, un berger constata que ses chèvres étaient anormalement excitées après avoir mangé des cerises rougeoyantes. Il fut surpris de constater que ces fruits avaient le même effet sur lui. On dit aussi que des moines auraient pareillement expérimenté les effets stimulants des fruits aidant ceux-ci à se concentrer davantage durant leur période de prière nocturne.

 

Ainsi, plusieurs siècles avant notre ère, le commerce du café s’établit en Éthiopie et encore aujourd’hui, l’exportation de ce produit est la plus importante au pays. Les Éthiopiens consomment plus de la moitié du café produit nationalement de façon soit cérémoniale, dans des pots d’argile, prenant parfois jusqu’à une heure pour accomplir le rituel, soit avec du sucre ou du sel sur une base régulière. Certains mélangent les cerises de café avec du beurre, du poivre et des épices pour honorer les invités lors d’un repas. On y retrouve donc indigène, c’est-à-dire sauvagement, l’une des deux familles principales de variété de cultivars du nom d’Arabica (exporté en Amérique entre autre) produisant normalement des cafés de meilleure qualité que l’autre famille nommée Robusta. Cette dernière est retrouvée maintenant en plus grande quantité en Éthiopie due à sa résistance plus accrue aux aléas de la météo. Les récoltes les plus importantes sont issues des régions de Harar (Harrar), Yirgacheffe et Sidamo.  Parmi ces cafés d’origine simple, certains ont connu un succès marqué auprès des spécialistes et des torréfacteurs internationaux. Ceux-ci ont réussi à bâtir une relation durable avec de petites fermes éthiopiennes offrant des cafés au profil d’arômes et de saveurs uniques. Voilà que les choses sont cependant sur le point de changer…

Malgré la popularité de ces cafés sur le marché, contribuant ainsi à augmenter leur prix de vente, les revenus des cultivateurs éthiopiens sont encore considérés comme les plus faibles au monde. Constatant ce débalancement et comprenant le potentiel monétaire de ce produit d’exportation, le gouvernement a passé l’automne dernier la «Coffee Law», obligeant tous les cafés exportés à transiter par l’ECX, le «Ethiopia Commodity Exchange». En exerçant ainsi un contrôle resserré sur ses exportations, le pays s’assure d’un meilleur marché possible et d’un revenu plus équitable pour les producteurs. Toutefois, le regroupement et l’étiquetage des produits d’échange éthiopiens compliquent la tâche des acheteurs de cafés d’origine puisque la traçabilité du produit devient beaucoup plus difficile. En conséquence, les produits vendus sont identifiés comme «Mélange africain» ou «Mélange maison» au grand plaisir des acheteurs et distributeurs de masse. Tout au plus, le pays et peut-être la région seront connus sur l’emballage mais le petit producteur n’aura plus de contact direct avec l’acheteur et le consommateur.

 

Un parallèle avec le monde vinicole reviendrait à dire que la bouteille achetée ne spécifierait plus que le pays producteur ou, avec de la chance, la région d’origine. Les grands domaines ne seraient dès lors plus mis en valeur. Ce serait la fin du principe d’origine contrôlée.

C’est ainsi que plusieurs s’attendent à la fin des cafés éthiopiens de spécialité des dernières années. D'ailleurs, les producteurs et les acheteurs qui ont investi dans des relations de commerce direct se retrouvent grands perdants de cette «Coffee Law» car il sera plus difficile d’obtenir ll’accès à des renseignements précieux tels que le lot, le plant, l’élévation, la composition du sol et le traitement. Et même si ce commerce direct basé sur l’origine réussissait à survivre à ces mesures de contrôle gouvernementales, on peut vraisemblablement s’attendre à une hausse des prix. Alors, profitez-en, nous avons encore en boutique quelques uns de ces trésors caféicoles : le Konga Co-op, chez Terroir Coffee Company, aux notes florales et citronnées ou le Sidama Ardi, chez Social Coffee & Tea, aux arômes affirmées de bleuet et une finale plus chocolatée.

Par : Le Nektar

Sujet(s) : Blogue, Fermes, Voyages


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